Voyages en terrains inconnus

Voyages en terrains inconnus

 
Avec onze essais inscrits, il est l’une des sensations marmandaises de la saison. Passé notamment par l’Australie et la Nouvelle-Zélande avant l’Hexagone, Maleli Bula (30 ans), international à VII, est assurément un homme de défis. Son enfance difficile, ses premiers pas avec un ballon ovale, son intégration à la vie française… À quatre jours du match décisif contre Saint-Jean-de-Luz, le Fidjien a accepté de nous raconter son histoire, où le rugby s’inscrit en lettres majuscules.
 
C’est un périple dont les préludes nous conduisent à douze fuseaux horaires de la France, au sud de l’océan Pacifique, en pleine Mélanésie. Encerclées par les Tonga, les Tuvalu et Vanuatu, les îles Fidji ont toujours eu excellente réputation dans le microcosme rugbystique. Caucaunibuca, Tuqiri, Rokocoko, Nalaga ou dernièrement Tuisova… Nombre de talents ont émergé de cet Etat insulaire, où près d’un habitant sur dix (!) est licencié.
 
Dans un pays où l’ovalie est reine, Maleli Belovelu Bula – son nom complet – ne commet pas le crime de lèse-majesté. Tout démarre pour lui sur l’île de Viti Levu, la plus grande d’un archipel qui en compte 321 autres.  « J’ai commencé à jouer dans le village où ma sœur s’est mariée, parce que j’étais plus costaud que la majorité des gars qui composaient l’équipe », se remémore-t-il. « L’entraîneur m’a proposé d’essayer et j’ai intégré l’équipe première du village, à l’âge de 15 ans ». Loin, alors, de s’imaginer gagner un jour sa vie en jouant au rugby, qui n’est pas son sport de prédilection, à l’origine. Avant de chausser les dix-huit millimètres, Maleli arpentait plutôt les terrains… de volley-ball ! « Je n’étais pas le plus grand, mais j’avais une bonne détente », sourit-il, en y repensant. Il n’empêche, plaquer les smashs et les blocs sera pour lui un véritable tournant.
 
Le rugby comme exutoire
 
Né le 8 Novembre 1985 à Suva, la capitale fidjienne, il grandit aux côtés de ses cinq frères et de ses quatre sœurs dans l’un des quartiers les plus malfamés de l’île, rongé par la délinquance, les vols et les trafics de drogue. Dans cet environnement hostile, l’étiquette de bad boy lui est rapidement collée sur le dos, bien malgré lui. « Des parents disaient à leurs enfants de ne pas me fréquenter. J’étais catalogué, j’avais la réputation d’être un mauvais garçon et je n’aimais pas ça. J’ai voulu faire quelque chose de bien pour changer ma vie. J’ai choisi le rugby alors que beaucoup de mes amis ont fini en prison ».


« J’ai voulu faire quelque chose de bien pour changer ma vie. J’ai choisi le rugby alors que beaucoup de mes amis ont fini en prison »

 
Très vite, Maleli Bula se prend au jeu. Ce sport, qu’il a longtemps considéré comme un simple passe-temps, au lycée notamment, lui apprend l’autodiscipline et le respect d’autrui. Un véritable exutoire. Ses bonnes prestations sur le terrain, à XV comme à VII, feront le reste. En 2008, à 23 ans, il débute en Rugby League, la première division fidjienne, et tape rapidement dans l’œil de Waisale Serevi (ex-Leicester), considéré comme l’un des meilleurs joueurs de Sevens de tous les temps. « Grâce à lui, j’ai pu évoluer aux côtés de mes idoles : Marika Vunibaka, Viliame Satala, Lepani Nabuliwaqa… Des monstres sacrés aux Fidji ! ». Trois joueurs qui ont activement contribué à la victoire fidjienne lors de la Coupe du Monde à VII en 2005, acquise devant la Nouvelle-Zélande à Hong Kong (29-19).
 
7 Extra
 
Avec leurs facilités déconcertantes et leur jeu spectaculaire, les Fidjiens sont les références absolues du circuit de Sevens, au même titre que les All Blacks à XV. Une Dream Team que Maleli Bula intègre pendant deux ans, entre 2012 et 2013. Numéro 8 dans le dos, il côtoie avec sa sélection les tournois les plus relevés de la planète, entre l’Australie, les Emirats Arabes Unis et l’Afrique du Sud. Le temps d’inscrire un essai, contre l’Espagne, à Dubaï. Et de vivre des expériences inoubliables qui restent ancrés dans sa mémoire. « Je savais que seul le rugby me permettrait de voyager à travers le monde et de découvrir des coins que je ne voyais qu’à la télévision ». Le rugby conduira également Maleli Bula du côté de la Nouvelle-Zélande, avec à la clé un contrat à XV qui le contraint à rester sur place au quotidien, éloigné des siens, de sa femme et de ses deux enfants. Plus épisodiques, les tournois de VII ne l’avaient jamais placé face à cette difficulté. « C’était la première fois que j’étais loin de chez moi aussi longtemps, mais je l’ai pris comme un challenge et j’ai adoré ça. Chaque jour j’apprenais de nouvelles choses ».
 

« Je savais que seul le rugby me permettrait de voyager à travers le monde et de découvrir des coins que je ne voyais qu’à la télévision »

 
Un voyage initiatique qui se poursuivra à l’été 2015. 17 000 kilomètres et 24 heures d’avion plus tard, le voici débarqué en solitaire en Europe, direction l’Hexagone, sur les conseils d’un ami français coudoyé dans les forces fidjiennes de police. « Sincèrement, je ne savais pas ce qui m’attendait jusqu’à ce que je rencontre le président [Jacky Arpoulet] à l’aéroport. Il ne parlait pas un mot d’Anglais, c’était rigolo ! » se souvient-il. « Mais je l’ai pris comme un nouveau défi. Je me suis dit : tu dois apprendre leur langue pour bien te faire comprendre et communiquer avec eux. » Pour progresser dans la langue de Molière, Maleli a aussi pu compter sur les cours dispensés trois fois par semaine par Jean-Robert Lansac, bénévole fidèle au service de l’USM. Une intégration également facilitée par la présence de deux autres anglophones dans le groupe, Cameron Lee-Everton et Taraiasi Wara, eux-aussi arrivés à l’intersaison et devenus ses colocataires sur le Marmandais.
 
Fijian connexion
 
Apprécié par les jeunes de l’Ecole de Rugby, Maleli s’attire très vite la sympathie du vestiaire marine et blanc. Malgré la barrière idiomatique, son naturel chaleureux apparait assez vite sous sa carcasse de déménageur. Chacun de ses partenaires de jeu est affublé d’un petit surnom sympa : « bro », diminutif de « brother » (« frère », en Anglais). « Mes coéquipiers ont été très gentils et compréhensifs avec moi. C’est une bonne bande de gars. Je n’ai aucun regret : j’adore jouer ici ». Très croyant, il ne manque pas de rendre grâce à la Providence pour son parcours : « Je remercie le Seigneur pour sa générosité et sa protection. Ma foi est ce qui m’a permis d’avancer ».
 
Sportivement aussi, le Fidjien prend rapidement ses marques. Testé à l’arrière puis à l’aile, il s’impose finalement au centre de l’attaque marmandaise, où ses qualités de puissance (1m76, 94 kg), font des ravages dans les défenses adverses. Avec onze essais au compteur – championnat et challenge confondus – le bilan comptable est en tout cas réussi. Dans son style, avec son numéro 12, son bandeau et ses cannes de feu, Maleli Bula n’est pas sans rappeler Levani Botia, le puissant trois-quarts centre de La Rochelle qui fut son coéquipier en sélection. Un joueur qu’il connait bien, tout comme Talebula (Union Bordeaux-Bègles), Koyamaibole, Masilevu (CA Brive) ou encore Yato (ASM Clermont), autres figures îliennes de notre Top 14. « Les Fidji, c’est tout petit ! » nous dit-il avec un grand sourire, dans un Français qui progresse de jour en jour. « Là-bas, tout le monde se connait. On a tous joué les uns contre les autres ». Une Fijian Connexion sur laquelle il ne manque pas de surfer. Dernièrement, Maleli s’est notamment rendu en Auvergne pour y retrouver une vieille connaissance : Noa Nakaitaci, l’international français et actuel Clermontois.


« Nous avons montré à tout le monde qu’en jouant ensemble, en équipe, nous pouvions être inarrêtables »

 
Ambitieux, le Mélanésien espère désormais finir la saison avec l’US Marmande sur la plus belle note possible. « Mon meilleur souvenir ici ? Nos deux derniers matchs disputés à domicile [contre Orthez et Castelsarrasin]. On y a mis tout notre cœur. Et nous avons montré à tout le monde qu’en jouant ensemble, en équipe, nous pouvions être inarrêtables. Mon objectif est d’aider l’équipe à aller le plus loin possible ». Avant le déplacement capital à Saint-Jean-de-Luz, dimanche, le centre fidjien vise clairement les phases finales, auxquelles le club n’a plus goûté depuis 2011. Pour sa première année dans le rugby français, Maleli Bula, friand d’aventures et de challenges à relever, défricherait volontiers ce nouvel eldorado.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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