PORTRAIT : Jacques Losse

Février 2014 | Les yeux pétillants, Jacques Losse se replonge avec passion dans les années 70 de l'US Marmande. 

 

Le coeur bleu et blanc


 
Ciel maussade sur la route de Gontaud où les trombes d’eau s’abattent sans discontinuer. L’horizon, pourtant, s’éclaircit au fur et à mesure des hectomètres parcourus. Basée à la sortie de Marmande, l’entreprise BatiPlus, spécialisée dans les travaux de maçonnerie et de génie civil, rayonne de par la modernité de ses nouveaux locaux, investis il y a quelques années seulement. 2 hectares de terrain, 3 000 m² de bâtiments, 600 m² de bureaux… et un logo de l’USM collé à l'entrée, accueillant fièrement ceux qui franchissent le seuil de la porte.

Partout, l'USM

Une lueur, puis la chaleur ; celle de Jacques Losse, 55 ans, directeur d’une société qu’il a lui-même fondée, en 1994. Son sourire accueillant nous met immédiatement à l’aise. Ancien joueur de l’USM jusqu’en Cadets, membre des Renards Bleus (le club des anciens) et du comité directeur, notre interlocuteur est de ceux qui portent les Bleus et Blancs au cœur depuis toujours. Depuis ses cinq printemps plus exactement, et ses premières virées au stade Georges-Dartiailh. Comme une deuxième maison. « Tout petit déjà, mon père m’amenait voir les matchs tous les week-ends. Et moi je m’amusais à faire des tours et des tours de la piste cendrée qui encerclait le terrain », rigole-t-il.

Sa reproduction du bouclier de Brennus, son ballon de l’URMC, ses photos de joueurs… Dans son bureau, tout rappelle à quel point le rugby fait partie intégrante de sa vie. Mais le meilleur est encore à venir. Jacques Losse sort de son armoire quatre petits cahiers conservés comme de véritables reliques. À première vue, ceux d’un petit écolier. Des spirales déformées, quelques gribouillis, une écriture enfantine, des couvertures tout juste écornées... Et à l’intérieur, un trésor vieux de plus de 40 ans.

Quatre fragments de l'histoire du club

Bien malgré lui, Jacques Losse a élaboré de véritables archives qui feraient saliver n’importe quel historien du sport. Fiches techniques, résultats, compositions d’équipe, compte-rendus, photos, interviews d’époque… Tout y passe dans ces pièces de collection uniques en leur genre. Les premières coupures recueillies remontent à la saison 1967-1968. Jacques Losse a alors 9 ans et contemple avec admiration et insouciance l’équipe de l’Union Sportive Marmandaise. « Les souvenirs d’enfance, ce sont sans doute les plus beaux, les plus purs », nous confie-t-il.  

Composés d’une multitude d’articles de presse (Sud Ouest, Le Républicain), ces livrets nous replongent avec nostalgie dans le rugby des années 1970. Celui des Jean-Pierre Rives, Robert Paparemborde, Jo Maso et autres Jacques Fouroux ou Jean-Claude Skrela. Celui  du  grand Béziers, six titres de Champion de France entre 1971 et 1978, qui écrasait tout sur son passage. Celui d’une élite nationale composée de 64 clubs, répartis dans 8 poules différentes. « Aujourd’hui, 64 clubs, c’est le Top 14, la Pro D2 et la Fédérale 1 réunis ! », nous glisse-t-il subtilement.
 

« Lors de la dernière Coupe du Monde, on avait installé un écran géant pour réunir tout le monde et j’avais amené mes cahiers à l’occasion. Les anciens étaient comme des fous en retombant sur ces images. Certains en avaient même les larmes aux yeux. »

 
Les relances chaloupées de Do Vacher, la prestance d’Alain Moretti

Celui, également, des heures de gloire du rugby marmandais, présent dans ce gotha national, et qui se frottait tantôt à quelques adversaires prestigieux (Castres, Perpignan, Bayonne, Bourgoin), tantôt à quelques équipes retombées depuis dans l’anonymat (Quillan, Soustons, Lavelanet). Une époque formidable qui proposait, aussi, un chaud derby contre le club phare du département : le SU Agen. « La victoire de Marmande sur Agen lors de la saison 1971-1972 reste de loin mon plus beau souvenir, se souvient Jacques Losse. On montait juste en Nationale et on tombait contre l’une des meilleures formations de France. Agen à l’époque, c’était une très très grosse équipe. Le stade était archi-plein ; les tribunes étaient remplies et ça se bousculait même autour de la main courante. Gagner ce match (9-7 pour l’USM, grâce notamment à un essai de Moretti, NDLR), c’était exceptionnel. »
 
Quand on lui demande de nous citer ses joueurs préférés, son cœur penche tout naturellement vers ces seventies qui ont bercé son enfance. « J’admirais Alain Moretti et Do Vacher. Ils avaient une telle prestance, une telle facilité ! C’étaient des joueurs côtés qui auraient pu viser encore plus haut s’ils avaient été épargnés par les blessures. Avec eux, la ligne de ¾ de l’USM faisait peur à tout le monde. »
 

« L’US Marmande, c’est mon club. Pourquoi ? Ça ne s’explique pas. Et il pourrait descendre en 14ème division que ça ne changerait rien. » 

Nostalgique, Jacques Losse l’est sans doute un petit peu. Sans pour autant être rétrograde, ni envieux. Conscient de l’évolution constante du rugby depuis les débuts du professionnalisme en 1995, il sait tout autant que le petit garçon de 11 ans qu’il était, partant en vélo d’Escassefort pour aller s’entraîner à Marmande, n’aurait plus lieu d’être aujourd’hui. « Même moi je n’autoriserais pas mon fils à le faire ! », admet-il. 
 
Quant aux péripéties du club, ses échecs ou ses relégations sportives, elles n'ont à aucun moment ébranlé sa foi. Pragmatique, le directeur de BatiPlus n'en reste pas moins un fidèle parmi les fidèles. "Tout le monde passe par là. Mais ça n'est pas le problème. L'US Marmande, c'est mon club. Pourquoi ? Ça ne s’explique pas. Et il pourrait descendre en 14ème division que ça ne changerait rien. Un vrai supporter ? Il doit toujours rester positif. Être un brin chauvin, aussi (rires). Mais en aucun cas il ne doit devenir le censeur, le critique. Ce n’est pas son rôle. Un vrai supporter doit vivre une histoire d’amour avec son club, donc en aimer les qualités comme les défauts.»

"Les vainqueurs sont ceux qui ne se rendent jamais"

Si l’idylle connait quelques balbutiements chez certains, Jacques Losse reste, lui, particulièrement confiant quant à l’avenir. « Je persiste à croire que le rugby véhicule de très bonnes valeurs. Il reste un magnifique vecteur d’amitié et de solidarité. Peu importe le niveau auquel on pratique, on ne peut pas tricher dans un sport où le combat est permanent. Le rugby, c’est un travail d’équipe avant tout. Et il faut s’appuyer là-dessus. Ne pas oublier d’où l’on vient, conserver cette ambiance bon enfant et familiale avec des jeunes du cru, qui permet de créer une proximité avec le public. Pour moi le niveau de Marmande, ça reste la Fédérale 1. Mais ça ne doit pas être une ambition à tout prix. Il faut se montrer sage et faire avec les moyens du bord. Tout en ne manquant pas d’ambition. »
 
On lui évoque, finalement, cette maxime exposée dans les vestiaires du club, dans les entrailles de Georges-Dartiailh : « Dans la guerre comme dans la paix, en toutes circonstances de la vie, les vainqueurs sont ceux qui ne se rendent jamais ». Dans un sourire malicieux, Jacques Losse acquiesce, sans l’ombre d’un doute.« C’est exactement ça. Même contre vents et marées, on ne se rendra pas. »
 
Dehors, la pluie tombe toujours abondamment. Mais l’éclaircie n’a, pour autant, pas encore dit son dernier mot.
 
 
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